Connexion

Saisissez votre email ou votre nom de membre

Saisissez votre mot de passe

J'ai oublié mon mot de passe.


Je souhaite devenir membre de notreHistoire.ch.

Je représente une institution.

Hélènne Guenne-Cingria

Hélènne Guenne-Cingria
Ajouter

Description

Hélène Marie Amélie Cingria dite "Bambi" est née il y a cent ans*, le 16 septembre 1905, dans la maison familiale de La Belotte, hameau près de Genève, sur les bords du lac. Elle était la fille d'Alexandre, la nièce de Charles-Albert et - par surcroît - la filleule de Ramuz.


Ce n'est pas en naissant ainsi coiffée qu'on devient n'importe qui et la personnalité de la petite s'affirma assez vite pour que son oncle observe qu'à deux ans déjà, à Florence où s'étaient transportés ses parents, «elle va dans le jardin public déranger les jeux d’autres enfants plus grands qu’elle et jette leurs jouets par terre sans que ceux-ci terrorisés aient l’idée de protester. Elle cause et joue à coucou avec de petits vieillards tenant des caniches en laisse, et puis, à la maison elle fait sang blanc [sic] de ne plus rien comprendre».

En 1909, les Cingria quittèrent Florence, où était encore né Albert dit "Picci", et retrouvèrent le lac Léman, à Rolle où la famille se compléta de Marie-Isabelle dite "You" et de Jean. À la fin de 1912 il fallut repartir : pour Carouge, près de Genève, où vivait la mère d'Alexandre, âgée, seule et malade. Secours inutile, elle ne passa pas l'hiver.

Un an plus tard, alors que Charles-Albert s'établissait à Paris, Alexandre installait sa famille dans la maison de La Belotte qui lui était échue; ce bonheur champêtre fut de courte durée : en 1916, les enfants dont l'aînée, Hélène, n'avait pas onze ans, perdirent à leur tour leur mère. Puis survinrent de graves ennuis financiers qu'Alexandre fuit à Muralto, au Tessin.

Le caractère d'Hélène ne s'était pas affadi dans ces vicissitudes et si les petits Cingria adoraient leur oncle, les retrouvailles familiales n'allaient pas toujours sans frictions entre l'aînée et Charles-Albert qui ne pouvait et ne put jamais souffrir qu'on lui vole la vedette en société. Aussi quand il décela chez sa nièce les premiers traits de féminité affirmée - lui qui, en ce domaine, n'eut jamais pour toute référence que la Laure de Pétrarque et la reine Berthe - il se plaignit au père d'Hélène de ses «airs de femme à qui il incombe de soutenir l’honneur de la femme : cet idéal féminin qu’elle croit exister en raison de lectures et qui la porte à ne pas faire un pas, un geste sans compter sur la galanterie des hommes (en voilà une qui a besoin de venir à Paris pour soigner ce quarante-huitarisme féminin tout à fait insolite à notre époque et qui doit être, chez elle, une hérédité de Constantinople)». Alexandre le prit au mot, plaça Hélène et sa sœur au pensionnat Sainte-Agnès d'Asnières et poussa l'inconscience paternelle jusqu'à les lui confier pour leurs sorties dominicales.

Bien loin de changer ses habitudes, Charles-Albert emmenait ses nièces à Montparnasse où elles allaient faire connaissance avec Max Jacob, Cendrars, Abdul Wahab l'alter ego de leur oncle, l'excentrique Alden Brooks, le peintre chilien Ortiz de Zarate, Élie Lascaux beau-frère du marchand d'art Kahnweiler, et bien d'autres, qui les emmenaient pique-niquer à Clamart ou à Robinson, respirer l'air pur de la montagne à Montmartre ou, le soir, écouter les chanteurs dans tel café de la rue du Chevalier de La Barre au plafond peint par Derain. Bien longtemps après, quand elle les aura tous enterrés, Hélène Cingria se souviendra non sans ingénuité : «Tous ces gens buvaient terriblement, au fond, je m'en rends compte maintenant. C'était assez affolant…»

Bachelière à dix-neuf ans, Hélène travailla quelques mois à la Compagnie française de Placements du banquier vaudois Marc Chavannes puis entra, en Suisse, à l'École d'Infirmières de Fribourg qu'elle quitta pour l'Hôpital de Genève.

En 1928 à Bruxelles, elle se fiança au critique d'art Jacques Guenne (1896-1945), fondateur des Nouvelles littéraires et de L'art vivant dont Hélène fut secrétaire de rédaction.

La revoilà à Paris pour sa dernière année de liberté, dans un petit appartement du boulevard Perreire où elle recevait hebdomadairement, le comédien Louis Salou, Antonin Artaud, l'éditeur Robert Denoël, les poètes Aloÿs Bataillard et Jean Follain,…

Puis Hélène et Jacques se marièrent et il semble qu'à côté de sa nouvelle activité journalistique l'infirmière conserva un temps sa pratique médicale, à Bruxelles, à Boulogne-sur-Mer et à Paris, à l'époque où Charles-Albert parlait à Auberjonois d'«Hélène qui est à cet hôpital d'une lisière de forêt de banlieue où on apporte tout frais des petits apaches assassinés» et quand il la qualifiait, dans une lettre à Claudel, en 1933, de «doctoresse en chirurgie».

En juin 1940, les Guenne, refusant de compromettre L'Art vivant, le sabordèrent, se réfugièrent à la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, dont ils avaient racheté deux cellules abandonnées, et en firent rapidement un foyer de résistance, autour d'Aragon, Elsa Triolet et Pierre Seghers.

En 1942 il fallut se rabattre sur Genève où en avril 1945, alors qu'il travaillait à son Histoire du génie français, Jacques Guenne trouva subitement la mort.

La guerre finie, Hélène regagna Paris et la chartreuse dont en peu d'années elle fit une sorte de centre culturel qui devait rayonner loin; elle suscitait toutes sortes d'événements, de rencontres, d'expositions avec des écrivains, des artistes, des comédiens.

Elle correspondait avec plusieurs journaux français et suisses de gauche et de droite (des Lettres françaises au Journal de Genève) pour diverses manifestations culturelles, en particulier le Festival d'Avignon; tout en se faisant un nom dans la décoration intérieure et la gastronomie - un de ses best-sellers est L'aventure est dans votre cuisine écrit avec Marie-Paule Pomaret. On lui doit aussi deux volumes sur son père et sur son parrain.

L'âge venant, Hélène Guenne aurait voulu assurer à la chartreuse un avenir sous forme de fondation mais attendit des soutiens institutionnels, de Suisse notamment, qui ne vinrent pas.

Elle est décédée à Avignon en 1983, vers le 5 juillet

Charles-Albert n'a jamais eu avec Hélène la complicité qu'il avait avec sa sœur You; sentant sa fin venir, il écrivait à celle-ci : «On me dit qu’Hélène est plus ou moins à Avignon. Il ne faut pas lui représenter comme un devoir de venir me voir, néanmoins je serais heureux si pour elle l’occasion s’en présente. On l’aime beaucoup dans le monde que je fréquente à Paris et ici. Quant à moi, c’est la famille».


*Article repris des Petites Feuilles, organe de l'Association des Amis de Charles-Albert Cingria, n° 30 (Noël 2005)

Commentaire(s)

Martine Desarzens
Martine Desarzens 06/07/2013
Un grand merci pour ce document et sa description très intéressante.

Belle découverte, merci pour ce partage.

Voir :http://www.notrehistoire.ch/article/view/1024/
et
:http://www.notrehistoire.ch/photo/view/39948/

Ajouter un commentaire