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Qui est responsable?

Ni complot de la droite, ni révolution de la gauche. La fusillade s’explique probablement par l’incompétence des autorités.

Qui est responsable de la tuerie ou quelle est la part de responsabilités de chacun de ses acteurs? Par sa provocation initiale, l’Union Nationale a certes allumé la mèche, mais il faut souligner que toutes les décisions qui ont conduit au tir ont été prises, non par elle, mais par les organes de l’Etat et les militaires engagés. Sitôt après le drame, des dirigeants socialistes, ont parlé de massacre organisé, «préparé minutieusement», d’effusion de sang recherchée délibérément par la droite au gouvernement, de coup d’Etat préventif contre la gauche.

Cette thèse nous paraît exagérée, même si le Conseil d’Etat a pris de gros risques en autorisant le meeting provocateur de l’UN et surtout en faisant appel à la troupe. En cela, le 9 novembre 1932 a servi de leçon! L’armée (surtout s’il s’agit de recrues) n’est absolument pas préparée à cette mission de maintien de l’ordre intérieur. Ultérieurement, elle ne sera plus jamais utilisée dans cet emploi… même s’il y a eu des tentations de le faire, notamment pendant l’affaire jurassienne.

Quant aux officiers engagés sur le terrain – le colonel Léderrey, le major Perret, et surtout le premier lieutenant Burnat - ils portent certainement une part de responsabilité dans cette tragédie: celle-ci nous semble cependant atténuée par la difficulté à juger d’une situation dans l’instant même (et non avec le recul dont dispose l’historien), et par leur impréparation à cette tâche. L’appartenance ultérieure des deux derniers à des mouvements d’extrême droite ne saurait en revanche être considérée comme un facteur aggravant.

Quant au mythe de la tentative de révolution ou de coup d’Etat par Léon Nicole, qui aurait été à l’origine du drame, on a vu que le juge Soldati lui-même l’a balayé. Longtemps s’est imposée la thèse des «responsabilités partagées» entre le PSG la droite et l’armée. Thèse défendue, dès le lendemain de la fusillade, par les socialistes les plus modérés eux-mêmes. Certes, les propos très violents adressés à la foule au soir du 9 novembre par Léon Nicole, fidèle à sa rhétorique insurrectionnelle, ont probablement contribué à faire monter la tension. On notera cependant qu’il n’y a aucun lien direct entre ceux-ci et l’ordre de tir donné sur la Place du Palais des Expositions. Les principaux responsables nous semblent donc bien être la droite genevoise au gouvernement et la hiérarchie militaire. Mais le débat n’est sans doute pas clos…

La fusillade de Genève est restée dans les esprits. Elle est commémorée chaque année sur la plaine de Plainpalais, où un monument a été érigé en 1982: un bloc de granit de cinq tonnes déposé sans autorisation par la FOBB. Y figure l’inscription gravée: «Aux victimes du 9 novembre 1932. Plus jamais ça.»

Pierre Jeanneret, historien 


Pour en savoir davantage :


Alex Spielmann, L’aventure socialiste genevoise : 1930-1936 : de l’opposition à l’émeute, de l’émeute au pouvoir, du pouvoir à l’opposition, Lausanne, 1981.Jean Batou, Quand l’esprit de Genève s’embrase. Au-delà de la fusillade du 9 novembre 1932, Lausanne, 2012.


D'autres articles du dossier "La fusillade de 1932" publié par Passé simple no 1, janvier 2015:

- Pierre Jeanneret, "Genève, 9 novembre 1932: la fusillade de Plainpalais"

- Pierre Jeanneret, "Les lendemains de la fusillade du 9 novembre 1932"


© Passé simple. Mensuel romand d'histoire et d'archéologie /www.passesimple.ch

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