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Mon histoire de la Radio Suisse Romande

Chapitre 1 : Brève histoire des débuts de la TSF en Suisse

Avant 1922, la TSF ou radiophonie suscite peu d'intérêt en Suisse. A part les universités et l'armée, l'industrie suisse laisse passer l'occasion de s'investir dans cette nouvelle technique. La Confédération se réserve le droit exclusif de construire et d'exploiter des installations radio et d'accorder des concessions d'émissions.

C'est la construction d'émetteurs pour régler le trafic des aérodromes suisses qui va donner l'idée aux « sans-filistes », amateurs passionnés de TSF, d'utiliser ces émetteurs au repos le soir et la nuit pour lancer les premières émissions de radio. Comme tous les pionniers, ils le font sans autorisation  et ces premiers développements se font hors de toute base légale.

Le 10 janvier 1923, le Conseil fédéral autorise enfin des essais radiophoniques sur les émetteurs des aérodromes suisses marquant ainsi les débuts de la radio de divertissement et d'information. Des radio-amateurs se lancent à faire des émissions à  Lausanne, Genève, Berne, Zurich et Bâle.

Des sociétés coopératives se créent, s'allient, se séparent dans des rivalités inter-cantonales pour produire des programmes en direct de radiodiffusion locale que les autorités veulent fermement contrôler. Une taxe de 15 francs est prélevée auprès des auditeurs et suscite déjà d'âpres batailles pour la répartition de cette manne.

De 1923 à 1930, toutes ces expériences locales et les tentatives d'unions plus larges sont vouées à l'échec par des luttes politiques cantonales ou entre régions linguistiques, par un intérêt mitigé du public, par des difficultés financières et à cause du conflit avec la presse qui veut le monopole exclusif de l'information et s'oppose à toute diffusion de news sur la radio.

En 1930, la complexité des problèmes locaux, des rivalités cantonales, politiques ou d'intérêts privés amènent les autorités fédérales à prôner la création d'une seule organisation de radiodiffusion nationale. Pour reprendre les cartes en main, elles abordent le problème par l'aspect technique et ordonnent la construction de trois  puissants émetteurs nationaux, un par région linguistique. Toutes les anciennes concessions sont résiliées et remplacées par une concession unique en faveur de la Société Suisse de Radiodiffusion SSR nouvellement créée.

La SSR envisage une organisation centralisée qui contrecarre la conception fédéraliste des sociétés régionales de radio. Très vite les Romands demandent que la production des programmes soit strictement dissociée de l'administration centralisée de la SSR et que les deux studios de Genève et Lausanne conservent leur autonomie de programmation sur l'émetteur de Sottens.

Commence une longue histoire de la SSR pour la diffusion de programmes radiophoniques de service public considérés comme un facteur de cohésion nationale.

Chapitre 2 : Histoire de la RSR Radio Suisse Romande

1922 – 1930 : Les balbutiements

C'est avec l'émetteur de l'aérodrome du Champ-de-l'Air, à Lausanne, que Paul-Louis Mercanton et Roland Pièce font oeuvre de pionniers et réalisent la première émission de radio le 26 octobre 1922.

1922. Roland Pièce devant l'émetteur du Champ de l'Air à Lausanne a réalisé la première émission de radio en Suisse avec Paul-Louis Mercanton.

C'est le premier émetteur suisse et le troisième en Europe qui diffuse en direct des émissions parlées ou musicales.

A Genève, l'industriel Maurice Rambert demande une concession pour utiliser l'émetteur de Cointrin. Avec deux amis musiciens, Félix Pommier et René Dovaz, ils diffusent un premier concert le 21 octobre 1923. Le local de l'émetteur utilisé comme studio est si petit qu'il faut laisser la porte entrouverte pour que le violoncelliste puisse tirer son archet !

Maison de l'émetteur radio de l'aéroport de Cointrin utilisée comme premier studio de Radio-Genève.

Des sociétés privées se créent comme Utilitas à Lausanne, le Radio Club de Genève, Broadcasting Romand qui fait bientôt place à un regroupement de diverses sociétés sous l'étiquette Société Romande de Radiophonie.

En 1924, les Genevois se séparent des autres Romands et installent le studio dans les caves de l'Hôtel Métropole puis sous la salle de la Réformation.

1925. Le studio de Radio-Genève est déplacé dans une cave de l'Hôtel Métropole.

1928. Le studio est transféré dans un local de la Salle de la Réformation.

Ils se disent prêts à une collaboration avec Lausanne mais souhaitent garder leur autonomie. C'est la brouille et le début d'une longue rivalité sur les ondes paradoxalement doublée d'une collaboration intense pour défendre la Suisse romande face aux projets centralisateurs de Berne.

Félix Pommier est nommé directeur de Radio-Genève. En 1926, il lance des émissions avec des « voix radiophoniques » comme celle de « Squibbs » qui commente avec fougue les compétitions sportives et sous son vrai nom de Marcel Suès qui présente des chroniques de politique nationale et internationale.

Marcel Suès dit Squibbs, commentateur politique mais surtout reporter sportif.

L'inoubliable « Oncle Henri » commence déjà en janvier 1926 son émission hebdomadaire destinée aux enfants.

Henri Baumars, le célèbre « Oncle Henri » animant son émissions pour les enfants.

A Radio-Lausanne, le directeur du studio Albert Gottraux fait construire un nouvel émetteur plus puissant qui permet à ses programmes d'information et de divertissement d'atteindre les confins de la Suisse romande. Toutes les émissions sont en direct car il n'existe aucun moyen d'enregistrer le son.

C'est aussi à Lausanne que paraît Le Radio, premier hebdomadaire suisse de programmes soutenu par le mouvement des sans-filistes.

La voix des speakers devient familière aux auditeurs qui baptisent le speaker de Radio-Genève « Anatole » et  la speakerine de Radio-Lausanne « Hortense ».

Henri Ramseier, le speaker baptisé « Anatole » par les auditeurs qui appelaient la speakerine Angèle Golay de Radio-Lausanne « Hortense ».

Les deux studios développent de nouveaux programmes parlés ou musicaux diffusés en direct et complétés par des disques du commerce. Chaque studio possède son propre orchestre symphonique dirigés par Hans Haugg à Lausanne et Ernest Ansermet à Genève.

Ce développement dynamique des programmes radio alarme les éditeurs de journaux qui font pression sur les autorités pour limiter le champs d'activité de la radio. A ces problèmes s'ajoutent des difficultés financières qui mettent en danger l'existence des sociétés locales.

Seule bonne nouvelle, la Confédération commence la construction d'un puissant émetteur de langue française dans la campagne vaudoise. « Un émetteur qui doit être pour nous le Grütli romand » déclare lyriquement un officiel lors de l'inauguration de Sottens le 23 avril 1931 !

1931 – 1940 : L'essor envers et contre tout

La création de la SSR s'inspire du modèle de 1927 de la BBC : un service public avec une triple mission d'information, de divertissement et d'éducation.

La décision des autorités fédérales de résilier les concessions locales pour n'accorder qu'une concession nationale à la seule SSR nouvellement créée qui diffusera des émissions sur les trois nouveaux émetteurs nationaux de Sottens, Beromünster et Monte Ceneri oblige les deux studios romands à se partager les huit heures d'émission de l'émetteur de Sottens.

Les programmes des lundi, mercredi et vendredi sont attribués à Radio-Genève, ceux des mardi, jeudi et samedi à Radio-Lausanne avec le dimanche en alternance.

L'adaptation à cette nouvelle programmation ne freine pas le dynamisme des deux studios qui poursuivent leur rivalité tout en cherchant à se rationaliser.

De nouveaux moyens techniques apparaissent qui donnent une plus grande souplesse comme l'enregistrement du son sur disque puis sur fil d'acier ou sur film optique avec l'appareil Philips Miller. La dictature du « direct » est tempérée par le complément du « différé ». En 1936, des voitures de reportage permettent de faire du direct ou d'enregistrer sur disques des émissions sur le terrain. 

Mais, depuis 1931, l'actualité reste la chasse gardée de la presse, un privilège obtenu de force auprès des autorités fédérales par les puissants éditeurs de journaux. La radio n'a pas le droit de faire des revues de presse ou toute « conférence » (soit émission) à caractère politique, économique, religieux ou international. La SSR exige que tous les manuscrits d'émissions lui soient soumis avant diffusion même le texte des cultes ! Dès le 1er juillet 1931, c'est un speaker de l'ATS, hors de la SSR, qui est chargé deux fois par jour de lire un bulletin de nouvelles, seule information autorisée sur la radio. 

A cet obstacle viennent s'ajouter d'autres problèmes comme l'opposition des disquaires qui veulent limiter l'utilisation de disques du commerce à deux heures par jour et pas après 20 heures ou les auteurs qui interdisent qu'on lise leurs oeuvres à l'antenne.

Toutes ces difficultés n'empêchent pas le développement des émissions et de l'audience en pays romand. L'émission du Quart d'heure vaudois écrite par Samuel Chevallier divertit alors que Squibbs et le polyglotte Vico Rigassi font vibrer les auditeurs aux exploits des footballeurs et hockeyeurs. A son troisième bip, l'Observatoire chronométrique de Neuchâtel donne chaque jour l'heure exacte à midi trente !

1930. Le clown Grock et son partenaire visite le studio de Radio Lausanne. A droite, le directeur de Radio Lausanne, Edouard Muller et la speakerine Angele Golay, que les auditeurs avaient surnommée "Hortense".

1940. Les protagonistes du Quart d'heure vaudois, l'émission à succès écrite par Samuel Chevallier. De gauche à droite: Albert Itten, le caviste, Lucien Monlac, le régent, Henri Marti, le syndic.

Les auditeurs  trouvent que Radio-Lausanne est plus léger et divertissant alors que Radio-Genève est jugé plus sérieux avec ses concerts classiques, ses émissions scolaires, son Université radiophonique et ses émissions-conférences !

En 1935, Radio-Lausanne s'installe dans la nouvelle Maison de la Radio érigée à La Sallaz et Radio-Genève emménage dans de vastes locaux à la rue du Jeu-de-l'Arc.

1931. Radio-Genève s'installe dans les deux étages supérieurs de l'immeuble du 7 rue du Jeu-de-l'Arc.

En 1938, Ernest Ansermet obtient de regrouper les deux orchestres en un seul, l'Orchestre de la Suisse Romande à Genève où il bénéficie de l'aide financière de l'Etat et de la Ville de Genève. Une décision qui irrite fortement les Lausannois.

Il y a en Suisse 500.000 récepteurs de radio.

Avec le succès des nazis en Allemagne, la situation internationale s'assombrit et la guerre est déclarée le 3 septembre 1939.

En Suisse, la mobilisation générale décrétée le 2 septembre impose des mesures draconiennes à la SSR. La radio suisse passe sous le contrôle du Conseil fédéral, de l'armée et des P.T.T. qui lancent un service d'ondes courtes qui permettra à une voix radiophonique neutre de passer les frontières.

Le studio de Genève, jugé trop vulnérable en cas d'invasion, est fermé pour quelques mois. Toute la production est regroupée à Radio-Lausanne qui a depuis peu un nouveau directeur : Marcel Bezençon.

On distribue des postes récepteurs de radio à la troupe. La radio romande diffuse des émissions spéciales pour les soldats animées par le populaire premier-lieutenant  Fred Poulin.

1941 – 1950 : Défense spirituelle puis innovations

La guerre est l'occasion pour Radio-Lausanne et Radio-Genève de développer leur rôle de service public avec la mission de devenir le fleuron de la Défense spirituelle.

Les émissions entretiennent le lien entre les soldats mobilisés et leurs familles. Les protagonistes des émissions du Quart d'heure vaudois et ceux de Paul et Virginie luttent à leur manière contre la morosité du temps. Ils expriment sereinement une vérité, une liberté auxquelles aspirent les voisins des pays occupés qui écoutent avidement les chroniques internationales de René Payot et Jean de Salis leur donnant un point de vue neutre au milieu des rafales de la propagande. Toujours en porte-à-faux, les éditeurs de journaux essaient en vain de  faire taire les deux chroniqueurs craignant la création d'un journal parlé !

René Payot (à gauche), rédacteur en chef du Journal de Genève dont les chroniques hebdomadaires d'actualité internationales étaient très écoutées des auditeurs dans la France occupée, ici avec le général de Lattre de Tassigny.

Radio-Lausanne accueille des artistes réfugiés en Suisse comme Edith et Jean-Villard Gilles ou William Aguet, auteur de feuilletons radiophoniques à succès et d'un opéra-bouffe. Benjamin Romieux lance le Miroir du monde un magazine d'information et Jack Rollan apporte un peu d'humour dans la grisaille quotidienne.

Radio-Genève qui a emménagé en 1940 dans sa  Maison de la Radio toute neuve au boulevard Carl-Vogt, accueille aussi des comédiens réfugiés qui prêtent leur concours aux émissions parlées : Gérard Oury, Guy Tréjan, André Talmès, Georges Marny et Isabelle Villars qui deviendra l'auteur prolifiques de pièces policières.

1940. La Maison de la Radio construite par la SSR au boulevard Carl-Vogt.

Le hall d'entrée de Radio-Genève. Au centre de la photo :René Schenker, directeur-adjoint avec Linda Baud, secrétaire de direction.

Au fil des années de guerre, la radio s'impose comme un vecteur d'information plus rapide que la presse écrite. La SSR en profite pour développer ses services d'information. Mais d'autres conflits de compétence se développent entre la SSR et les autorités fédérales aussi sur le délicat problème de centralisme ou autonomie des studios. Le directeur de Radio-Genève, Félix Pommier, fustige publiquement la tendance centralisatrice de l'Administration fédérale et la dépendance dans laquelle elle tient la SSR. Accusé de déloyauté, il est contraint à la démission. Il se défend dans un pamphlet attaquant la radio suisse : La radio sans mystère.

C'est René Dovaz qui lui succède en 1943 à la direction de Radio-Genève.

En 1945, l'armistice suscite des programmes spéciaux réalisé dans l'allégresse.  Des voies nouvelles s'ouvrent pour les reporters et les auditeurs veulent une radio davantage en prise sur l'actualité alors que les studios aspirent à retrouver un plus grande autonomie surtout en matière d'information..

Le style compassé voire solennel des émissions parlées est bousculé en 1946 par de jeunes reporters ou animateurs comme, à Radio-Lausanne, Roger Nordmann qui crée La Chaîne du Bonheur pour venir au secours de tous ceux qui sont dans le besoin, ou par des journalistes : Joël Curchod , Bernard Nicod ou le grand reporter Jean-Pierre Goretta.

1946. Les créateurs et animateurs de La Chaîne du Bonheur, Jack Rollan et Roger Nordman (à droite).

A Radio-Genève, Pierre Molteni, Henri Meyer de Stadelhofen, François-Achille Roch et Jo Excoffier ouvrent de nouvelles pistes pour le reportage informatif, sportif  ou culturel.

La radio installe des habitudes et des rendez-vous quotidiens avec les Romands :

Le lundi c'est la « Pièce policière » avec ses héros Durtal, Galloix et Picoche écrite par Isabelle Villars, Georges Hoffman, Marcel de Carlini ou d'autres auteurs.

Des comédiens enregistrent une pièce policière radiophonique. Au premier plan de gauche à droite: Alexandre Fédo, Adrien Nicati, André Davier (alias Commissaire Galloix), Sacha Solnia (alias Picoche), Alexandre Blanc, Jean Vigny et François Simon.


Une régie de studio au travail avec le technicien Funk et le metteur en ondes William Baer.

La régie technique de l'un des studio d'enregistrement.

Le mardi c'est le Radio-théâtre, une soirée dramatique d'oeuvres du répertoire théâtral ou d'adaptation de romans souvent écrites entre autres  par Andrée Béart-Arosa ou Géo Blanc.

Le mercredi est le jour du concert symphonique avec l'Orchestre de la Suisse Romande. Cette retransmission en direct aura été arrachée de haute lutte par René Dovaz à un conseil d'administration de l'OSR qui y était farouchement opposé. Le président de ce conseil, l'avocat Pierre Jaccoud, s'est écrié après la décision : « Alors ma concierge va entendre le concert en même temps que moi ? » !

Le vendredi et le samedi sont plutôt consacrés à des divertissements ou aux variétés de music-hall. Le jazz a sa place dans les émissions de Loÿs Choquart ou celles de Raymond Colbert et Géo Voumard alors que le Dr. Fred Blanchod fait rêver les auditeurs avec ses récits de safaris africains. La radio scolaire diffuse chaque semaine une émission destinée aux classes d'école et le dimanche la retransmission d'un culte ou d'une messe s'adresse aux croyants de Suisse romande.

En 1948, La Chaîne du Bonheur devient internationale et sauve dix mille enfants de la misère. Squibbs et Vico Rigassi commentent avec enthousiasme les premiers Jeux Olympique d'hiver à St. Moritz.

En 1949, un bûcheron alémanique est enregistré comme le millionième auditeur suisse !

En 1946, la SSR équipe chaque studio radio d'une voiture de reportage Pontiac Hydramatic qui sont photographiées devant Radio-Genève le jour de la présentation à la presse des six voitures pour les studios de  Bâle, Berne, Zurich, Lugano, Lausanne et Genève.

La voiture de reportage de Radio-Genève est chargée à Marseille sur un bateau en partance pour l'Algérie.

En 1950, le jeune directeur de Radio-Lausanne, Marcel Bezençon, est nommé directeur-général de la SSR à Berne et est porté à la présidence de l'UER, l'Union Européenne de Radiodiffusion. Jean-Pierre Méroz le remplace à la tête de Radio-Lausanne dont les reporters entraînent les auditeurs en direct pour une ascension du Cervin.

1950. La caravane de Radio-Lausanne au sommet du Cervin.

Sitôt après la guerre, les directeurs Dovaz, Bezençon puis Méroz, ont noué des contacts étroits avec les radios francophones RTF, RTB, Radio-Canada et ont contribué à la renommée de la Radio romande en participant activement aux organisations ou aux compétitions radiophoniques internationales comme le Prix Italia, la Communauté des radios francophones, l'Université  radiophonique, les Jeunesses Musicales Internationales.

Comme Président de l'UER, Marcel Bezençon a été l'initiateur de l'Eurovision et plus tard du News Exchange.

1951 – 1960 :  Expansion et nouveaux challenges

Dans les années cinquante, la technique et les télécommunications connaissent une phase de progrès et d'extension rapides.

Les appareils d'enregistrement sur disque avec le responsable Edouard Brunet.

Edouard Brunet et les nouveaux enregistreurs magnétophones 6mm.

Le centre technique et sa salle des amplis avec le technicien Borgstetter.

Sous la direction de Marcel Bezençon, la SSR reçoit une nouvelle concession qui renforce l'autonomie des studios et élargit leur audience par l'introduction d'un deuxième programme par ondes ultra-courtes et une chaîne de télédiffusion. La SSR s'est aussi affranchie de l'interdiction de faire de l'information imposée avant-guerre par les éditeurs de journaux. Ce qui ouvre de nouveaux horizons pour les producteurs de Radio-Lausanne et Radio-Genève. Les reportages sur le terrain et les magazines sur l'actualité nationale et internationale s'imposent aux heures de grande écoute. Les mélomanes apprécient la qualité de la modulation de fréquences, les auditeurs découvrent de nouvelles émissions, Jack Rollan maltraite l'histoire suisse dans Y en a point comme nous. Avec sa partenaire Jane Savigny, il égratigne chaque semaine les travers des Romands et leurs notables dans une émission satirique à grand succès. Les émissions avec participation des auditeurs sont un must comme le très populaire Disque préféré de l'auditeur de Radio-Lausanne ou les jeux radiophoniques  en public Echec et Mat ou Les fiancés modèles.

Mme Sassi, programmatrice, cherche un disque dans  les meubles de rangement qui ont été spécialement conçus avec des tiroirs inclinables.

Discothèque : le meuble des fichiers de tous les enregistrements et des disques du commerce avec sa responsable, Claire Sacchi.

Le parterre et la galerie du grand studio pendant un concert.

L'Orchestre de la Suisse Romande dans le grand studio de Radio-Genève.

Mais, en visionnaire prospectif, Marcel Bezençon veut que la SSR s'intéresse à la télévision naissante. En 1949 Radio-Genève fait une première démonstration de télévision avec l'aide de l'ORTF depuis le Salève. Puis, en 1951, Radio-Lausanne, avec l'aide de Philips, propose pendant un mois des émissions de télévision qui sont restées sans suite. En 1952 à Genève, un groupe expérimental de jeunes passionnés se lance dans la production de films TV avec le soutien de la Ville qui commande un émetteur aux étudiants de l'Institut de Physique. Ils obtiennent une concession provisoire.

En 1953, la SSR reçoit du Conseil fédéral la mission de gérer une période expérimentale de télévision réservée à Zurich qui commence le 20 juillet 1953 avec extension en Suisse romande seulement dès 1958. Mais la Télévision Genevoise est inaugurée le 28 janvier 1954 déjà et suivie d'émissions régulières cinq fois par semaine.

Cette initiative audacieuse relance la rivalité et une grande tension politique entre les deux villes lémaniques qui revendiquent toutes deux le futur centre romand de télévision. Ce qui oblige la SSR et la Confédération à accélérer l'introduction de la télévision en Suisse romande. Ce sera fait en novembre 1954 déjà par la reprise de la Télévision Genevoise qui devient TSR Télévision Suisse Romande avec siège du studio « fixe  provisoire » à Genève et siège du « centre mobile  provisoire » à Lausanne.

Et la radio dans tout ça ?  Au delà du slogan râleur « Pas un sou de la radio pour la TV », elle essaie de dominer son complexe de frustration et d'apaiser les grandes tensions entre les deux studios.

La RSR joue pleinement son rôle aux Conférences des quatre Grands à Genève, à la Fêtes des vignerons de Vevey comme dans les instances de la Communauté Radiophonique des programmes de langue française qui permet des échanges d'émissions ou des coproductions comme « Jazz aux Champs-Elysées ».

Des nouveautés techniques relancent l'intérêt pour la radio : le disque microsillon a remplacé le 78 tours et l'enregistrement sur bande magnétique s'impose par sa maniabilité et sa qualité sonore. Kudelski fait sensation quand il vient présenter son enregistreur portable Nagra qui lui vaudra plus tard un Oscar à Hollywood. La RSR s'y intéresse tout de suite et sera une des premières à l'utiliser. Mais la nouveauté technique la plus importante est le transistor qui permet la mobilité de l'écoute et transforme complètement la relation entre le studio et l'auditeur qui n'a plus besoin de rester fixe devant son poste. C'est désormais le poste qui se déplace avec l'auditeur. Une nouvelle vaste audience accède ainsi aux émissions. C'est un peu la réponse réussie de la radio à la concurrence menaçante de la télévision.

En 1960, le Conseil fédéral met fin à une incertitude cause de beaucoup de tensions et attribue le centre et le studio de télévision romand à Genève et c'est Radio-Lausanne qui  devient le centre de la nouvelle RSR, Radio Suisse Romande.

1961 – 1990 :  Nouvelle organisation et nouveaux défis

La création d'un centre romand unique de la RSR à Lausanne se met en place au terme d'une longue réorganisation qui s'achèvera en 1974 par la disparition des appellations Radio-Genève et Radio-Lausanne et qui impliquera le transfert à Lausanne de certains collaborateurs et de la discothèque de Radio-Genève. Il ne reste au boulevard Carl-Vogt qu'un studio régional, une rédaction pour l'actualité locale, des archives et des bureaux vides vite occupés par la TSR.

Les rivalités entre les deux villes lémaniques s'apaisent lentement et la RSR se tourne résolument vers l'ensemble de la Romandie en créant des bureaux de correspondants et studios régionaux relais dans les villes de Sion, Fribourg, Neuchâtel et en 1988 à  Délémont dans le canton du Jura et pour la région francophone du canton de Berne. Les émissions d'actualité régionale, nationale et internationale prennent une place importante dans les programmes.

 Les équipes de reporters radio sillonnent le pays romand avec les voitures de reportage mais aussi avec des actions plus spectaculaires en wagon CFF ou même en calèche. Le dialogue avec les auditeurs devient plus interactif sur les deux chaînes radio de La Première et Espace 2.

La RSR profite de l'Exposition nationale de Lausanne, en 1964, pour faire entendre sa voix de service public et partager avec les visiteurs le succès de cette grande manifestation nationale.

En 1965, Paul Vallotton succède à Jean-Pierre Méroz comme directeur de Radio-Lausanne, poste qu'il occupera jusqu'à la mise en place de la réorganisation de 1974. Il organisera le lancement de la nouvelle chaîne radio Couleur 3 confiée à Jean-François Acker et destinée à conquérir un nouveau public de jeunes auditeurs. Vallotton s'impliquera aussi dans les travaux de la réforme Hayek qui doit redimensionner la SSR.

En 1974, cette réforme veut adapter la SSR à l'évolution rapide de l'audiovisuel en créant des unités régionales radio-télévision. Il y a maintenant plus de deux millions d'abonnés à la radio et un million sept cent mille à la télévision. Le budget de la SSR est de 380 millions de francs.

René Schenker est nommé directeur de la nouvelle entité pour la Suisse romande sous l'appellation SRTR, Société de Radiodiffusion et de Télévision de la Suisse Romande qui s'installe dans des bureaux de l'avenue de la gare à Lausanne avec des unités autonomes pour la radio et la TV. Bernard Nicod  sera le directeur programme RSR et Alexandre Burger directeur programme TSR.

En 1983, le Conseil fédéral accorde des concessions pour sept stations privées de radio locale. L'écoute radiophonique grandit encore mais la RSR conservera sa position dominante auprès des auditeurs. Son action couvre maintenant toute l'actualité ainsi que l'information en période électorale avec des émissions de débats et même, en 1984, avec un Train électoral qui visite tous les cantons romands. Il est bien loin le temps où l'information d'actualité était interdite à la radio pour protéger la presse écrite !

De nouvelles innovations techniques viennent compléter les moyens de diffusion comme la stéréophonie (1986) et le basculement d'Espace 2 sur ondes ultras courtes (1988). C'est aussi la fin de la télédiffusion par fil devenue obsolète qui aura permis d'apporter des programmes radio à des régions mal desservies par les émetteurs d'ondes moyennes.

Depuis 1931, les émetteurs et toute l'infrastructure et le matériel technique de fabrication des émissions était choisi et possédé par les PTT suisses. Cette dépendance a souvent provoqué des conflits entre les utilisateurs et ceux qui choisissaient le matériel. En 1987 la SSR reprend la maîtrise de la technique et rachète aux PTT tous les équipements techniques de radio et de télévision. Les PTT ne conservent plus que la construction et l'entretien des émetteurs radio et TV et du réseau de relais hertziens.

Ces développements techniques facilitent la pénétration de la culture de masse dans la vie quotidienne et vont  influencer la structure et le style des programmes.

1990 – 2011 :  La révolution du multimédia

Mais le développement fulgurant de l'informatique vient une nouvelle fois bousculer les  méthodes de travail en facilitant une automatisation des processus de fabrication des émissions basée sur les fichiers informatiques. Pour s'adapter à cette accélération technique et programmatique et quatorze ans après la réforme Hayek, la SSR décide en 1992 une nouvelle réorganisation qui supprime la SRTR et sa direction régionale de Lausanne avec un retour à deux entreprises  indépendantes et distinctes de radio et de télévision qui acquièrent une plus grande liberté de gestion.

En 1994, la RSR crée une quatrième chaîne Option musique qui a une thématique très ciblée d'heures d'antenne supplémentaires de musique enregistrée et CD du commerce.

Mais parallèlement, sur la première chaîne radio, l'information et les émissions parlées d'actualité augmentent leur présence considérablement avec les Matinales, le 12h.30 et plus tard le Forum créé par Pascal Descaillet. ainsi qu'une palette d'émissions et de rubriques ciblées sur un public spécifique. Le ton des présentateurs et journalistes est plus libre, plus décontracté et les émissions sollicitent plus la participation des auditeurs. Cette diversité est nécessaire pour conserver un public d'auditeurs attiré par la multiplication des chaîne radio accessibles.

En effet la nouvelle loi radio TV de 1992 libéralise la création de radio privées limitées à des aires régionales et un splitting leur accorde 1% de la redevance.

En 2000, le développement du réseau Internet provoque encore un changement de paradigme qui entraîne de nouvelles adaptations.

La RSR crée un site web sur lequel elle promeut ses émissions et se fait une place dans cette information multimédia qui bouleverse toutes les habitudes d'écoute de la radio et de vision de la télévision.

En 2002 la direction générale SSR décide une nouvelle réorganisation intitulée « Convergence et efficience » qui impose dans chaque région linguistique, la fusion de la radio, de la télévision et de l'internet. En Suisse romande, cette fusion  crée un nouveau sigle RTS qui fait disparaître l'appellation « romande » et est confiée à Gilles Marchand qui met en place une structure commune sensée apporter des économies et affronter la nouvelle situation d'un multimédia ultra concurrencé.

(Ce dernier chapitre 1990-2011 est, pour l'instant, plutôt consacré à l'histoire organisationnelle et technique de la RSR et mériterait d'être enrichi de contributions sur les divers types de programmes dont la forme et le style ont évolué en fonction des modes et du temps qui passe. Il faudrait aussi rappeler qui en furent les principaux producteurs, journalistes, animateurs « vedettes » ainsi que les principales émissions  de cette période).                                         

Jean-Jacques Lagrange                                                                                     

Les illustrations de ce texte sont tirées du livre La Déesse aux deux visages, publié en 1948 pour les 25 ans de Radio Genève et du livre de Paul Valloton.

 

 

 

 

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Commentaire(s)

Dominique-D Arbell-Junod
Dominique-D Arbell-Junod 21/12/2013
Merci jille fois! Je me souviens de la pièce policière du lundi soir! Il y avait une voix qui me plaisait, celle de Claude Abran, qui jouait aussi les soubrettes au Théâtre de la Comédie à Genève. Ce serait merveilleux si une personne pouvait poster une de ces pièces policières ici? Bon Noël à tous. Dominique Arbell-Junod

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