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Claude DEBUSSY, «Six Épigraphes antiques», L 131, orch. d'Ernest Ansermet, OSR, Ernest ANSERMET

Claude DEBUSSY, «Six Épigraphes antiques», L 131, orch. d'Ernest Ansermet, OSR, Ernest ANSERMET
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Description

Claude Debussy , Six épigraphes antiques pour piano à 4 mains, Durand & Cie (Paris), 1915, extrait couverture partition avec une dédicace de Claude Debussy, Identifiant: ark:/12148/btv1b525001339, Source: Bibliothèque nationale de France

      L’origine des «Six Épigraphes antiques» nous ramène à l’époque où Claude Debussy était très lié avec le jeune écrivain Pierre Louÿs (1870-1925), qui s’était rendu célèbre en publiant en 1895 une soi-disant traduction des poèmes d’une courtisane grecque, Bilitis. En fait, s'inspirant de la littérature grecque érotique, Louÿs avait écrit des poèmes en prose, où une poétesse grecque, contemporaine de Sapho, était sensée célébrer sa passion pour une jeune fille, Mnasicaa.

      Deux ans plus tard, l'oeuvre inspira trois mélodies à Debussy; puis en 1900, pour une représentation récitée et mimée de l'oeuvre de Pierre Louÿs au Théâtre des Variétés - par cinq jeunes femmes, «tantôt avec des voiles drapés, tantôt en robe de kôs, tantôt sans rien du tout» -, Debussy fut prié d'écrire une musique de scène. Il composa ainsi une douzaine de très courtes pièces - la plus longue ayant 18 mesures- pour deux flûtes, deux harpes et célesta.

      Au cours de l'été 1914, afin de pouvoir fournir une oeuvre à publier à son éditeur Durand, Debussy reprend six de ces pièces (selon François Lesure les nos 1, 7, 4, 10, 8 et 12 de la musique de 1901), qu’il confie maintenant au piano. Chacune des six miniatures de ce cycle, évoquant une Antiquité fantasmée, est précédée d’une épigraphe imaginaire chargée d’en délivrer l’esprit: voir par exemple cette excellente page du site de la Philharmonie de Paris pour plus de détails.

      La composition des «Six Épigraphes antiques» fut terminée en juillet 1914, elles parurent à Paris en pleine guerre, en février 1915.

      Mais déjà en septembre 1914, devant l'avancée des troupes allemandes, Debussy et sa famille avaient dû fuir de Paris, et s'étaient d'abord réfugiés à Angers. C'est pourquoi la première audition n'eut lieu que le 2 novembre 1916, au Casino Saint-Pierre de Genève, avec Marie Panthès et Roger Steinmetz:

"[...] Mme Marie Panthès et M. Roger Steinmets ont joué une des dernières productions de Debussy, Six épigraphes antiques, pour piano à quatre mains. Ces petites esquisses sont sans doute étonnantes par leur fluidité extraordinaire, l'imprévu des détails charmants et les sonorités imprécises et troublantes, mais on se demande si cette prestidigitation des sons, poussée à ce degré, est vraiment encore de la musique; il ne faudrait, certes pas,en abuser. L'interprétation en fut tout à fait supérieure. [...]"

cité du Journal de Genève du 6 novembre 1916, en page 7.

Claude Debussy, gravure de Louis Schmied d'après le portrait de Paul Robert, grav. sur bois 19,5 x 14,5 cm, Droits: domaine public, Identifiant: ark:/12148/btv1b8417035q, Source: Bibliothèque nationale de France, département Musique, Est.DebussyCl.008, notice recueilnotice catalogue


      Claude Debussy n'ayant plus eu la possibilité d'orchestrer son cycle, ce n’est qu'au début des années 1930 que ceci fut réalisé par Ernest ANSERMET, dans l'esprit de ce qu'aurait voulu faire le compositeur:

"[...] Le 11 juillet 1914, Claude Debussy écrivait à son éditeur et ami Jacques Durand: «Ci-joint les titres et sous-titres des «Six Epigraphes antiques», pièces assez courtes pour piano à quatre mains. J'avais l’intention, jadis, d'en faire une suite d'orchestre, mais les temps sont durs et la vie m'est plus dure encore!»

C'est cette phrase de Debussy qui m'a encouragé à entreprendre le travail que je me permets d'offrir aujourd'hui aux auditeurs de nos concerts.

La musique de piano de Debussy est si colorée et si plastique qu'on est volontiers tenté de l'imaginer à l'orchestre. Il faut en général réprimer cette tentation qui incite à concrétiser inutilement des impressions déjà complètement exprimées par le moyen le plus approprié.

Mais le cas est différent, ici. On a à faire à une oeuvre très caractéristique de Debussy, d'un sujet et d'un caractère qui l’ont sans cesse sollicité, et qui plonge en lui de profondes racines. Et il l'a écrite à un moment de sa vie où il a atteint la plus grande intensité et la plus grande concentration d expression. Il est visible que le texte pianistique abonde en raccourcis et implique une atmosphère qu'il indique plus qu'il ne la réalise. Pour brèves quelles soient, les expressions poétiques que constituent les six pièces sont d'une richesse que la lecture attentive du piano peut révéler mais quelle ne délivre guère directement. Il semble donc bien qu'elles appelaient l’orchestre. Et puis, on a l'aveu de Debussy.

M. Léon Vallas a découvert dans les papiers de jeunesse de Debussy une forme première des «Epigraphes», ou de quelques-unes d’entre elles, écrites pour des flûtes, des harpes et un célesta, et destinée à accompagner une représentation des «Chansons de Bilitis» de Pierre Louys. Cette forme première ne doit être toutefois qu'une esquisse des «Epigraphes» définitives, car le Debussy de 1900 n'avait pas encore découvert les ressources harmoniques qu’il déploie dans cette oeuvre. Mais c’est encore une preuve que cette musique lui tenait à coeur et que le piano ne lui a été qu'un instrument de fortune.

L’orchestre, dans un cas pareil, a essentiellement pour tâche de déployer en relief le texte linéaire du piano. Il doit réaliser à peu près ce que la vision au stéréoscope fait d’une photographie ordinaire. Aussi ne suffit-il pas de transcrire ou d'instrumenter, il faut transposer, c'est-à- dire orchestrer, et cela implique une certaine initiative. Puisse la réalisation que j'ai tentée exprimer fidèlement les pensées que Debussy a enfermées dans le texte qu'il nous a livré. [...]" cité d'un texte écrit par Ernest Ansermet et publié dans la brochure-programme du concert du 15 octobre 1932, la première audition de l'oeuvre orchestrée.

Programme du concert cité de la brochure-programme du 15 octobre 1932

      En prélude à ce concert, Léon Vallas écrivait dans le Journal de Genève du dimanche 2 octobre 1932, en page 8:

"[...] «Les Epigraphes antiques» - «Une première version de Debussy»

Les habitués de l'Orchestre de la Suisse romande vont avoir le plaisir d'entendre une transcription orchestrale des Epigraphes antiques, l'une des dernières oeuvres publiées par Claude Debussy. L'habile transcripteur, qui dirigea lui-même sa version symphonique, M. Ernest Ansermet, a été poussé sans doute à faire ce travail par la lecture d'une lettre dans laquelle, en 1914, Debussy avouait à son éditeur qu'il avait songé à faire de ces Epigraphes une suite d'orchestre...

Debussy se montra comme toujours fort discret au sujet de ces six pièces, qu'il avait notées pour piano à quatre mains. Plus discret encore que pour d'autres ouvrages. Discrétion très naturelle, car il ne tenait pas à avouer à son éditeur que l'oeuvre n'était pas tout originale et qu'elle n'était, en réalité, qu'un arrangement de pages assez anciennes. On l'avait même entendue sous un premier aspect une quinzaine d'années auparavant.

Quant, en 1915, furent publiées les Epigraphes antiques, on ne remarqua pas — et l'a-t-on remarqué depuis? — que certains titres évoquaient le souvenir des fameuses Chansons de Bilitis, délicats pastiches notés par Pierre Louys: Tombeau sans nom, Danseuse aux crotales, la Pluie au matin... Sous leur première forme les Epigraphes, composées pour quelques instruments, devaient servir de léger commentaire à une mise à la scène de Chansons de Bilitis.

Debussy et Pierre Louys étaient de grands amis; ils eurent de nombreux projets de collaboration: entre autres, deux oeuvres dramatiques qui ne furent jamais écrites, Cendrelune et Daphnis et Chloé. Or, en 1900, à Paris, on devait donner, dans la salle des Fêtes du Journal quelques Chansons de Bilitis, récitées et mimées. La représentation, d'abord fixée au 7 décembre 1900, avait été retardée jusqu'au mois de février 1901. Que fut-elle? Nous avons vainement cherché des renseignements là-dessus; parmi les camarades de Debussy que nous avons interrogés, nul n'a gardé le moindre souvenir de ce spectacle d'un soir.

Après cette première, on devait reprendre les Chansons de Bilitis au Théâtre des Variétés. C'est surtout en vue de cette reprise que Louys avait demandé à son grand ami d'écrire en une douzaine de jours «huit pages de violons, de silences et d'accords cuivrés qui donnent ce qu'on peut appeler une impression d'art aux Variétés». Les représentations des Variétés n'eurent pas lieu.

Dans son orchestration, Debussy n'avait pas accédé exactement au désir de Louys; il avait laissé de côté les violons ainsi que les accords cuivrés et il s'était contenté de noter sa brève et légère musique de scène pour deux flûtes, deux harpes et un célesta. Simple improvisation, agréable, élégante, sans grande portée. Il en offrit à Pierre Louys le manuscrit, «mince et rapide», qui semble avoir disparu. De l'oeuvre inconnue, il reste, en trois menus cahiers, l'exemplaire unique et incomplet (il manque la partie de célesta) du petit matériel d'orchestre établi par un copiste, mais dont le compositeur, toujours négligent, dut écrire de sa main, au dernier moment, les quinze mesures constituant le dernier morceau (le Souvenir de Mnasicaa).

Nulle personne autre que moi-même ne connaît la partition écrite de cette musique de scène, dont les principaux éléments mélodiques forment la jolie suite, désormais orchestrale, que les musiciens suisses vont avoir l'occasion d'apprécier sous la baguette et la plume de M. Ernest Ansermet. Jamais peut-être la première version des Epigraphes antiques ne sera reprise... Mon indiscrétion aurait énervé Debussy; elle n'est pas grave. Puisse-t-elle intéresser une minute les auditeurs de l'Orchestre symphonique de la Suisse romande!

Léon Vallas. [...]"

      Le commentaire d'Albert PAYCHÈRE publié le surlendemain du concert dans le Journal de Genève du lundi 17 octobre 1932, en page 4:

"[...] Le point de mire du programme étaient ces Six épigraphes antiques, pour lesquelles M. Ernest Ansermet vient d'écrire une orchestration. Tranchons d'emblée la question de principe. Lorsque un compositeur a conçu une oeuvre pour le piano, elle doit rester pour le piano, à moins que le piano n'ait été qu'une forme préliminaire. Il paraît bien que ce soit le cas de ces pièces brèves que Debussy remettait en 1914 à son éditeur Jacques Durand avec cette remarque: «J'avais jadis l'intention d'en faire une suite d'orchestre». Voilà une indication précieuse, et en quelque sorte concluante, venant de l'auteur des Nocturnes, dont la perspicacité en cette matière ne saurait être mise en doute.

Qui ne sent que la même observation partant de Schumann, de Chopin, voire de Brahms, ou de Franck aurait été d'une valeur beaucoup moins absolue, tandis qu'il serait déraisonnable de penser que, sur ce point, Debussy ait pu se tromper. Ainsi l'adaptateur est couvert et cela est nécessaire, parce que les cas ne sont que trop fréquents d'erreurs consacrées avec une entière bonne foi, les meilleures intentions et beaucoup de talent. L'orchestration des Tableaux d'une Exposition de Moussorgsky par Ravel en est le plus récent et l'un des plus illustres exemples.

On n'en pourra pas dire autant, j'en ai la conviction, du travail de M. Ernest Ansermet, où se manifeste la plus délicate sensibilité. La transposition paraît être franchement et complètement le moyen de donner tout leur sens à ces Épigraphes antiques. L'esprit — je compte bien m'en assurer plus complètement par de prochaines auditions — n'est pas, dans ce cas, partagé. On ne songe pas à penser: ceci est mieux à l'orchestre, ce détail est préférable au piano... L'ensemble revêt un caractère d'authenticité. Et, s'il m'est permis de faire une réserve, après les avoir entendues une seule fois, je dirai que les Épigraphes antiques orchestrées me paraissent plus réussies, dans la mesure où l'auteur de la transposition s'est libéré de la lettre du texte pour chercher plus librement une analogie orchestrale des images sonores, et en accuser davantage la saveur et en préciser l'accent. Ce degré de libération qui aboutit à serrer de plus près la pensée du maître, à s'identifier à cette pensée, me paraît atteint à partir du troisième morceau: Pour que la nuit soit propice.

L'auditoire a fait, aux Epigraphes antiques, un accueil chaleureux. Elles furent l'occasion d'apprécier la fine technique de notre orchestre.[...] A. P."


      Les extraits du Journal de Genève cités ci-dessus sont rendus accessibles grâce à la splendide banque de données de letempsarchives.ch, qui est en accès libre sur la toile, une générosité à souligner!


      Ernest ANSERMET a dirigé cette oeuvre de nombreuses fois, aussi bien avec l'OSR qu'avec d'autres orchestres.


      L' enregistrement qui vous est proposé ici provient du traditionnel concert de gala pour la Journée des Nations Unies donné le mercredi 24 octobre 1962 et réunissant en multiplex trois orchestres, jouant successivement de Londres - Orchestre Symphonique de la BBC, dirigé par Norman Del Mar -, de Genève - Orchestre de la Suisse Romande, dirigé par Ernest Ansermet - et de Paris - Orchestre Symphonique de la Radio Danoise. Au Victoria-Hall de Genève Ernest Ansermet dirigeait L'Après-Midi d'un Faune et les Six Épigraphes Antiques de Claude Debussy.


L' enregistrement que vous écoutez...

Claude Debussy, «Six Épigraphes antiques», suite de pièces pour piano à quatre mains, CD 139 , L 131, orchestration d'Ernest Ansermet, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 24 octobre 1962

   1. Pour invoquer Pan, dieu du vent d’été  02:25 (-> 02:25)

   2. Pour un tombeau sans nom                    03:06 (-> 05:31)

   3. Pour que la nuit soit propice                   02:22 (-> 07:53)

   4. Pour la danseuse aux crotales                02:09 (-> 10:02)

   5. Pour l’Égyptienne                                      02:39 (-> 12:41)

   6. Pour remercier la pluie du matin            02:29 (-> 15:10)

Provenance: Radiodiffusion, Archives RSR resp. RTS

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