Pierre Qu'Abotse, 2735 mètres

Pierre Qu'Abotse, 2735 mètres

Marcel Maurice Demont
Marcel Maurice Demont

La Pierre Qu'Abotse, 2735 m, fut longtemps un des sommets les plus visités des Alpes Vaudoises.

Historique

La conquête mécanisée de la montagne par des broches, des pitons de forgeron, des spits (pitons à expansion) installés à demeure à grand coups de marteau et de burin, ou, plus récemment, en recourant à la perceuse autonome (électrique ou à moteur à explosion)

La première ascension de la Pierre Qu'Abotse a été réussie le 14 juin 1891 par Henry Pascal et les guides de montagne Jean-Louis Marlétaz et Jules Veillon, des Plans-sur-Bex.

Ces solides montagnards - aventuriers équipèrent le passage clef de l'escalade (une dalle compacte de difficulté 4b) avec des broches de fer. Aujourd'hui, les broches ont disparu, mais les trous forés par les pionniers sont toujours bien visibles.

Entre 1990 et 2000, en plusieurs étapes, l'auteur de ce texte (guide de montagne) et Jane-Marie Demont ont entièrement rééquipé la voie au moyen de spits M 10 x 100 roche tendre et M 10 x 90 inox, créé trois nouvelles longueurs (5c, 4b, 4c), remplacé les relais - rappels, installé un rappel supplémentaire sur la crête sommitale (superbe rappel en surplomb de 15 m) et purgé l'itinéraire de quelques tonnes de pierres menaçantes.

La photo ci-dessus montre l'auteur, en 1963, alors porteur de montagne, à la Pierre Qu'Abotse (en 1970, la profession de porteur a disparu au profit de celle d'aspirant guide).

L'habillement et le matériel sont ceux privilégiés par les professionnels de l'époque: culottes de golf, chaussettes de laine baissées sur les chaussures pour exhiber les mollets musclés et brunis, pull de laine de l'Ecole de ski pour laquelle on travaillait durant la saison d'hiver, veste duvet Lionel Terray (célèbre guide français de ce temps-là; avec Louis Lachenal, il avait réussi la deuxième ascension de la face nord de l'Eiger, et parmi de très nombreuses autres, la première de l'Annapurna au Népal, 1er sommet de plus de 8000 mètres jamais gravi), marteau-piolet de l'extrémiste, sac à dos minimaliste, bonnet-casquette Roger Staub pouvant être déplié et transformé en passe-montagne. Le skieur alpin suisse Roger Staub, 1936 - 1974, d'Arosa, remporta plusieurs médailles (bronze, argent et or) aux Jeux Olympiques et aux Championnats du monde (Bad Gastein 1958 et Squaw Valley 1960).

La conquête mécanisée de la montagne dans le domaine de la communication

A cette époque, les montagnes étaient encore peu parcourues, et le nombre d'alpinistes était réduit. Certains fervents pratiquaient l'appel d'identification personnelle, ou propre à un groupe, un club, une cordée.

"Youoooo!"

C'est le Yéti, il est du côté de la Tête à Pierre Grept.

"Yahihouuu!"

La réplique monte du glacier de Paneirosse, c'est le Stift.

"Brahouuu!"

La Pierre Qu'Abotse répond, c'est Mataf.

Ou encore:

"Ragni! Ragni! Ragni!"

Derniers appels de l'alpiniste Stefano Longhi suspendu à sa corde en plein coeur de la Face Nord de l'Eiger, à la hauteur de la Traversée des Dieux, quelques heures avant qu'il meure d'épuisement.

"Ragni! Ragni! Ragni!"

De l'arête ouest de la montagne, membre de la colonne de secours internationale s'étant spontanément formée, le grand alpiniste et guide Ricardo Cassin, par le signe d'appartenance de leur club, l'encourageait.

"Fame, freddo!" lançait encore Stefano.

"Coraggio!" répondait Ricardo.

Aujourd'hui, pour communiquer, il y a le poste radio émetteur-récepteur, le smartphone.

Marcel Maurice Demont, 2108.

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