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Hommage aux internés français et belges inhumés à Sierre

Hommage aux internés français et belges inhumés à Sierre
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Description

Le 1er novembre 2014, comme c'est le cas chaque deux ans, la commune de Sierre rend hommage aux 115 internés français et belges enterrés à Sierre. Un monument a été érigé à la gloire de ces valeureux soldats qui espéraient se refaire une santé dans notre région.

Les noms de ces internés sont affichés au bas du monument:





Le Nouvelliste du Valais reporte cette cérémonie d'hommage dans son édition du 3 novembre 2014:

"Devoir de mémoire

A 10 h 30, le cortège mené par la Gérondine traverse le cimetière pour atteindre le monument commémoratif. Menée par Etienne Barrault, la cérémonie se ponctue des discours de François Genoud, président de la ville de Sierre, de Danielle Avenne, consule de Belgique, et d'Odile Soupison, consule de France. Cette dernière insiste sur le devoir de mémoire: " Ce genre de commémoration doit être une leçon de vie pour les générations suivantes. " Une journée comme celle-ci a aussi pour but de rappeler aux Sierrois une part importante de leur histoire. Or, en ce samedi 2 novembre, les habitants sont peu nombreux. " Je souhaite que d'ici à fin 2018, un travail de documentation soit mené à bien afin que les Sierrois connaissent leur histoire ", confie François Genoud.

La cérémonie a aussi lieu tous les deux ans à Martigny, où sont enterrées une trentaine de victimes de la guerre 14-18. SR"



François Genoud, président de Sierre, et la consule de Belgique déposent une gerbe de fleurs devant le monument commémoratif. Photo : LE NOUVELLISTE

 

Carte postale non voyagée mais datant vraisemblablement de 1916.

Selon Hugues Rey, archiviste à Montana,  la "scène" de cette carte se situe en contrebas de l'ex Bellevue Palace, actuelle Clinique bernoise.


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Voici ce que dit Edmond Bille dans son ouvrage "le Carquois vide" au sujet des enterrements d'internés. De prime abord, la population sierroise se mobilise pour rendre honneur à ces vaillants soldats. Mais, peu à peu, le nombre de ces enterrements en banalise la portée.


Sierre, hiver 1917

On agrandit notre cimetière qui ressemble toujours davantage à un cimetière du front. Quantité de ces misérables ont laissé leurs poumons en Allemagne, et le dur hiver valaisan, salutaire aux malades superficiellement atteints, donne le coup de grâce aux moins solides et aux plus touchés.

Les nôtres [les internés de Sierre] tiennent bon. Pendant mon court passage à la place, il y eut quelques alertes, mais pas de décès. Montana, par contre, nous envoyait un ou deux cercueils par semaine et nous fournissions l’escorte : des tambours et des clairons, ainsi que le peloton d’infanterie suisse chargé de tirer les salves réglementaires. Car pour chaque mort se déroule la petite cérémonie ordonnée par le règlement de service.

Mais les pitoyables enterrements d’aujourd’hui ne peuvent se comparer aux funérailles spectaculaires du début. Les sentiments se sont émoussée et ces faits divers de l’internement, à force de se répéter, n’intéressent plus personne.

L’arrivée du premier convoi avait fortement impressionné nos populations. Un de ces moribonds décéda peu après. Sierre réclama tout de suite l’honneur d’inhumer dans son cimetière paroissial « la dépouille d’un soldat de la grande guerre ». Quelques membres de la colonie française s’agitaient afin d’obtenir pour le héros une sépulture privilégiée au pied de l’ancienne église. Les voisins avaient protesté. Et ils firent bien puisque les morts affluèrent à tel point qu’il fallut reculer les limites de la nécropole communale.

Tout le monde se souvient encore du premier enterrement qui avait pris les proportions de funérailles de grande classe.

Un interminable cortège avec fanfares, autorités, les sociétés locales avec leurs bannières et tous les soldats valides de l’internement, escorta jusqu’à sa dernière demeure ce premier cercueil recouvert du glorieux drapeau. Rien ne fut épargné au petit soldat inconnu, ni la marche funèbre de Chopin, ni les discours, ni les fleurs et couronnes, enrubannées de « regrets éternels ». On s’imaginait sans doute que cette apothéose à décorum guerrier serait sans lendemain.

Mais, là-haut, les hommes crachaient leurs poumons et mouraient, aussi nombreux que dans la tranchée. Ce fut bientôt le tour d’un Sénégalais converti. Celui-là eut sa croix comme un bon chrétien, des prêtres en surplis et une suite impressionnante pour l’accompagner au cimetière.

Mais on s’en lasse. Finalement ces trop fréquents convois à décorum militaire n’impressionnaient plus personne. Les civils ne se mêlaient plus aux soldats pour lesquels, d’ailleurs,  les cortèges funèbres étaient un service commandé. Les gens du pays s’inquiétaient seulement de voir leur cimetière devenir trop petit pour contenir toutes ces tombes, avec leurs noms étrangers gravés sur des croix toutes semblables, toutes fleuries des même rubans tricolores.

J’ai gardé le souvenir d’un petit cortège particulièrement lamentable. L’escorte maintenant se trouvait réduite au strict minimum et il faisait un maudit temps d’hiver.

Ouvert par un seul clairon, le convoi débouchait sur la place déserte. La neige cinglait les visages mornes et las, et tout ce blanc faisait paraître encore plus ternes les défroques usées des porteurs et les capotes de l’escouade.

Au milieu du petit groupe, derrière le cercueil, marchait une femme très jeune, visiblement enceinte, et que deux soldats soutenaient.

J’avais pris rang dans la suite, et restai là jusqu’à l’absoute. La femme n’avait pas bronché pendant les prières, et jusqu’à la salve finale on ne la vit pas tressaillir. Mais, la bière descendue, au moment où ses compagnons allaient l’emmener, on entendit ce bruit sourd que font sur les planches les premières pelletées de terre. La femme poussa un cri terrible. Je la voyais de profil, le ventre déjà haut, hurlant comme une bête blessée, appelant l’ami disparu pour toujours, étalant aux yeux de l’assemblée, sans honte, sans pudeur, comme un témoignage à la fois douloureux et fidèle, le signe trop visible de son pauvre amour effondré.

Edmond Bille, le Carquois vide, la Baconnière, 1939

               

Cher lecteur, avez-vous ressenti de l'empathie au témoignage de cette femme enceinte qui porte en terre l'interné dont l'enfant était dans son ventre ?
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Le monument de Sierre n'a pas le "panache" de celui de Montreux tel que le présente Sylvie Bazzanella à cette page.

          

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