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Invitation

Fête de la Bella-Tola


Le 23 juin 1866, les membres de la Section genevoise du Club alpin suisse, recevaient de leur collègue, M. Griolet, un billet des plus aimables : » Je profite, leur disait-il, de ce que le Club alpin a désigné comme champ d’excursion une partie du Valais qui avoisine ma propriété de Bella-Tola, pour inviter avec empressement Messieurs mes collègues à venir à Bella-Tola, où je désire leur offrir un banquet champêtre à la mode du Valais, avec accompagnement de feux d’artifice. Le lendemain, on pourra jouir, au sommet, du spectacle du lever du soleil, cent fois plus beau que celui du Righi. »

Outre ses collègues du Club alpin, M. Griolet avait libéralement invité un assez grand nombre de personnes, de Genève et du Valais. Il faut convenir que, pour peu qu’on eût la moindre démangeaison de se dérouiller les jambes, une pareille tentation était irrésistible. Quelques centaines de personnes passant une nuit sur une cime haute de plus de dix mille pieds, cela s’était-il jamais vu, cela était-il possible ? Aussi, mettant de côté les si et les mais, allai-je m’inscrire chez le secrétaire de la Section. Notre collègue, M. Freundler, eut l’heureuse idée de convoquer dans son jardin, autour d’une choppe de bière, les personnes qui se disposaient à prendre part à la fête. Cette réunion, qui eut lieu le 23 juillet, nous permit de nous concerter et de prendre quelques mesures utiles. Pourvu, disait-on, que le temps nous favorise ! En effet, le temps, qui avait été variable pendant tout le mois, ne paraissait nullement disposé à tourner au beau fixe.

Le programme de la fête était celui-ci :

Dimanche 29 juillet, départ de St-Luc à 2 heures.


(Banquet à la salle de commune de St-Luc. Des chandelles sont réparties sur les tables; un grand crésu est suspendu au plafond.

Les mets : Soupe à la semoule, pommes de terre, marmotte, tasson (blaireau), etc... Le vin d'Anniviers coule à profusion; on a mille peines à obtenir de l'eau; les servants la refusent; il faut presque se fâcher...)

Après-midi, réception à Bella-Tola par M. Griolet ; à 5 heures collation. – Pose de la première pierre du phare.

(Collation : Salé, saucisson, vin blanc et eau-de-vie de marc à discrétion. M. Griolet nous distribue une petite médaille qu'il a fait graver pour perpétuer le souvenir de la fête et de la pose de la première pierre du phare; mais, en ce moment, le vent est si impétueux, que, bien qu'on aperçoive la place de celui-ci à quelques portées de fusil, il y aurait témérité à vouloir s'y hasarder.)


(Le drapeau de la Bella-Tola avec l'inscription : AIDONS-NOUS LES UNS LES AUTRES; UN POUR TOUS, TOUS POUR UN est arboré aux fenêtres.)

A 7 heures, banquet fraternel servi exclusivement avec des produits anniviards.

(Les mets : marmotte, pommes de terre, etc..., sont servis sur des plats d'étain; le vin, d'excellent vin blanc, ma foi, digne de sa réputation, coule des semaises ou pots ventrus d'étain, dans des verres en bois.)

Départ. – Musique (Société Valéria) : jolis morceaux, alternant avec les détonations des mortiers.


Feux de bengale pendant une heure. – Repos confortable sous des tentes-abris.

A minuit, grand bivouac.

Le lendemain, à 3 heures et demie, réveil au tambour pour le lever du soleil. – Départ volontaire.

(St-Luc est à trois lieues. A bas les couvertures, et en route ! Descente d'abord échevelée puis la course se ralentit, la fatigue se fait sentir. Enfin, l'on approche du village, nous découvrons les toits de St-Luc, la musique se fait entendre. C'est la foule rassemblée au sommet du hameau, qui se forme en colonne : les drapeaux ouvrent la marche, puis les musiciens, les invités, et une notable quantité de naturels. Nous faisons ainsi notre entrée triomphale; on forme le cercle sur la petite place; la musique joue un de ses plus jolis airs; M. Griolet s'avance,en grand costume de clubiste, chapeau sombre à bords retroussés, la gourde au côté. Il embrasse avec effusion l'un des chefs. Véritable scène d'opéra, que je renonce à décrire, qui ne dura que deux ou trois minutes, mais que je n'oublierai jamais.)


© Articles, dessins, lith. extraits de : L'Echo des Alpes, publication de la Section Genevoise du Club Alpin Suisse - 1865-1869 - Genève Librairie J. Jullien, Bourg-De-Four, 32

Commentaire(s)

Michel Savioz
Michel Savioz 25/10/2010
Quel magnifique témoignage ! Si vous avez l'occasion, allez voir le lever du soleil au sommet de la Bella-Tola !
Saviez-vous qu'à cette époque, le village de St-Luc était plus peuplé que Sierre ?
Albin Salamin
Albin Salamin 25/10/2010
Il me serait intéressant de connaître la date des illustrations de cette article. Je ne reconnais pas l'endroit. Merci
Albin Salamin
Albin Salamin 25/10/2010
En fait. il s'agit de l'entrée du village où l'ancienne route d'Anniviers (qui n'existait pas encore) arrivait.
Michel Savioz
Michel Savioz 25/10/2010
Est-ce que l'on peut retrouver les bâtiments de la rue supérieure du village aujourd'hui, Albin ?
Albin Salamin
Albin Salamin 25/10/2010
En partie seulement la route cantonale conduisant à Chandolin a éliminé une bonne partie des divers bâtiments de l'illustration. Dès le beau temps revenu ;-) (comme toujours ici) je vais revoir le coin....
Albin Salamin
Albin Salamin 25/10/2010
M. Ernest Griolet, sourd-muet, a beaucoup fait pour la commune de St-Luc après l'incendie de 1858. En reconnaissance de sa générosité, la commune lui offrit la citoyenneté le 15 août 1861. En 1860 déjà, les propriétaires de l'alpage de Rouaz, lui avaient fait don, en reconnaissance des services rendus, de la pointe de montagne qu'ils possédaient à la Bella-Tola, ceci en accord avec le gouvernement valaisan. Tous les authentiques Lucquérands connaissent encore ce nom légendaire.
Sylvie Bazzanella
Sylvie Bazzanella 25/10/2010
Vos commentaires enrichissent considérablement ce document, merci.
Pascal Rey
Pascal Rey 11/10/2011
Je ressents clairement une attitude de domination des genevois déja à cette époque. Quelle honte de faire un festin gargantuesque, avec feu d'artifice à côté d'une population vivant avec beaucoup moins de moyens. La qualification par ce club des anniviards laisse songeur: NATURELS. Serait-ce un synomyme de primitif?? Cette invitation reflète selon moi certaines caractéristique importantes de l'histoire de l'intégration touristique en Valais.

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