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Pourquoi je voterai Non à No Billag

En 1953, jeune passionné de ce nouveau média qu’est la télévision, Jean-Jacques Lagrange s’engage dans un pari audacieux : créer avec quelques-uns une télévision en Suisse romande. Ce sera d’abord l’aventure de la Télévision Genevoise, durant sept mois, puis de la Télévision Suisse Romande à ses premières heures, dès l’automne 1954.

Cinéaste engagé dans le Groupe 5 aux côtés d’Alain Tanner, Claude Goretta, Jean-Louis Roy et Michel Soutter, Jean-Jacques Lagrange est aussi l’auteur de nombreux reportages pour l’émission « Continents sans visa » qui deviendra « Temps Présent ». « La dernière campagne de Robert Kennedy », qu’il tourne en 1968, sera couronnée du prestigieux Emmy Award 1969 (Oscar de la télévision aux Etats-Unis) et du Prix Spécial du Jury au CIRA à Cannes 1969.

Jean-Jacques Lagrange n’a eu de cesse de faire vivre la télévision, dans son présent mais aussi dans son histoire. Pour les cinquante ans de la TSR, en 2004, il se lance sur internet en créant le site www.histoiredelatsr.ch et, pour notreHistoire.ch, il a rassemblé et publié des photographies du début, exhumant des documents inédits aussi bien sur les hommes et les femmes qui participèrent à cette aventure, que sur les moyens techniques de l’époque et les dramatiques diffusées à l’antenne.

Aujourd’hui, à 89 ans, il combat sur tous les fronts l’initiative No Billag, participant à des débats, intervenant dans la presse. Pour notreHistoire.ch, Jean-Jacques Lagrange dénonce les risques de cette initiative qui, prévient-il, veut remplacer le « nous » de la communauté par le « je » des consommateurs.

notreHistoire.ch - Au début des années 1950, les pionniers qui créent la télévision en Suisse peuvent s’appuyer sur le service public de la SSR pour lancer ce nouveau média. Un service public qui vit déjà d’une redevance répartie équitablement entre les régions linguistiques.

Jean-Jacques Lagrange - En soixante ans, nous avons pleinement rempli notre rôle culturel de créateurs et notre profession sociale et citoyenne d’informateurs libres et indépendants. Nous avons pu réaliser une offre programme avec des milliers de reportages, de documentaires, d’émissions d’information et d’enquêtes d’investigation qui ont fait découvrir la Suisse aux Suisses et amené la diversité des images du monde dans tous les foyers.

Mais la télévision n’est pas qu’un média journaliste. C’est aussi un acteur culturel, dès ses débuts.

Effectivement, les spectateurs de la TV romande ont pu aussi suivre plus de six-cents dramatiques originales et une centaine de téléfilms inédits avec des acteurs suisses, des opéras, des concerts, des divertissements, une offre cinématographique et des évènements culturels ou sportifs. Il faut le rappeler, ces émissions ont rassemblé devant le petit écran les Suisses dans un sentiment d’appartenance citoyenne à la communauté helvétique. Sans oublier que depuis 1960, situation unique en Europe, la Suisse était complètement arrosée par la concurrence des chaînes étrangères.  

Aujourd’hui, cette concurrence est devenue encore plus féroce.

Face aux géants des chaînes publiques et privées en une seule langue de nos grands voisins, les réalisateurs, les journalistes, les techniciens et cinq mille autres collaborateurs du service public suisse réussissent à gérer des chaînes radio et tv en quatre langues pour le petit marché de notre pays de huit millions d’habitants. Ils apportent une contribution globale à notre société et à la démocratie par leur professionnalisme qui est reconnu internationalement. A cela s’ajoute une participation active à l’Union Européenne de Radio-Télévision, à l’Eurovision et au sein des réseaux francophones et germanophones de TV5Monde, 3Sat et Swissinfo. En cas de succès de No Billag, la Suisse perdrait son siège à l’UER et se priverait de tous les avantages et contacts avec ce vaste réseau international de diffuseurs et programmeurs européens.

Les archives de la RTS sont aussi touchées de plein fouet par No Billag, avec le risque qu’elles ne soient plus accessibles pour tous et que leur pérennité soit en danger, la Suisse ne disposant pas d’un dépôt légal.

Effectivement, personne ne se demande avec suffisamment de force ce qu’il adviendrait du fabuleux trésor des archives radio et TV conservées en 80 ans par la SSR ? Qui va gérer et exploiter les milliers d’heures de documents et comment seront protégés les droits des auteurs sur ces émissions ? 

Je me sens très impliqué dans ce combat car je ne voudrais pas que tout ce que nous avons fait depuis 63 ans en créant la TV parte en fumée pour satisfaire les caprices de Nantermod, Jutzet et autres No Billag !

Il n’empêche que partout dans le monde, la presse et les médias sont aujourd’hui bouleversés et menacés par la révolution technologique, internet, les réseaux sociaux, la numérisation…

Et par les algorithmes !  Nous vivons dans l’illusion que tout est gratuit ou qu’au mieux on ne paie que ce que l’on consomme… ce qui sera toujours plus cher que la redevance unique ! Ce XXIe siècle est celui de la connectivité et de l’interdisciplinarité, c’est vrai. Mais il est vrai aussi qu’aucun acteur ne peut seul résoudre ces problèmes. Il faut réfléchir et trouver collectivement les réponses à ces défis. Les médias, presse et audiovisuel suisses, publics et privés, sont condamnés à se remettre en question mais ne survivront qu’en se réorganisant et en collaborant activement.

Cette réforme, ou cette remise en question, n’est-ce pas justement ce que demande l’initiative No Billag ?

Non, ce n’est pas ce qui se passe avec l’initiative « No Billag ». En supprimant aussi de la Constitution les articles qui fixent la charte des devoirs du service public radio-tv, l’initiative No Billag ne guillotine pas seulement la redevance, elle impose en fait à la SSR de devenir une entreprise privée soumise aux lois du marché et qui serait financée par les contributions volontaires de « ceux qui ne paient que ce qu’ils consomment » et par la publicité. Une publicité déjà siphonnée par les fenêtres suisses deTF1 et M6 et accaparée sur le web par les GAFTA, les géants américains du numérique .

La Suisse deviendrait le seul pays européen sans service public radio-tv.

On nous demande de lâcher la proie pour l’ombre. Un dicton populaire nous rappelle « qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras ». C’est pourquoi je voterai NON à « No Billag ».         

 

Voir les dossiers sur l’histoire de la Télévision

http://www.notrehistoire.ch/group/559-laventure-de-la-television-genevoise

http://www.notrehistoire.ch/group/553-les-premieres-heures-de-la-tsr-a-mon-repos

http://www.notrehistoire.ch/group/735-la-tsr-a-carl-vogt-1955-1960

http://www.notrehistoire.ch/collection/2563-les-dramatiques

            

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Commentaire(s)

René Gagnaux
René Gagnaux 08/02/2018
"[...] Les archives de la RTS sont aussi touchées de plein fouet par No Billag, avec le risque qu’elles ne soient plus accessibles pour tous et que leur pérennité soit en danger, la Suisse ne disposant pas d’un dépôt légal.[...]" Je ne peux que très fortement souligner cette phrase. #### Comme je "plonge" souvent dans les archives de la RTS - disponibles en ligne sur le site de la RTS, ainsi que pour beaucoup d'elles sur notre plateforme NotreHistoire - j'apprécie tout les jours ces richesses! Et la RTS a depuis des années une particularité par rapport aux archives radio-tv d'autres pays: c'est accessible librement, à tous, comme il se doit pour un service publique qui a été financé par le peuple!! #### Ceci n'est pas évident: dans d'autres pays voisins de la Suisse - je préfère ne pas citer de pays en particulier... ce sont nos voisins directs... - les établissements de radio - tv publiques - qui ont AUSSI été financés par des redevances ou des impôts, cherchent plutôt - hélas... - à vendre sur DVD ou en téléchargement ce qui - en fait - a déjà été payé par la communauté!! L'INA est - entre beaucoup d'autres... - un très navrant exemple... #### Ce n'est pas le cas de la RTS, bien au contraire - c'est l'une des nombreuses raisons pour repousser fermement "No Billag" EN VOTANT NON.
Audrey Carron
Audrey Carron 09/02/2018
Merci Monsieur Lagrange pour cet article. Vous mettez effectivement le doigt sur un problème central qui n'est jamais mis en avant dans les médias, les archives. En effet, si No Billag passe, plus rien ne subsistera de 70 ans d'histoire de la TV et encore plus pour la radio. Quand on a la chance d'avoir accès à un patrimoine si riche qui représente n'ayons pas peur de le dire, un pan de notre histoire, un reflet de la société des 70 dernières années, ce serait vraiment dramatique que tout s'arrête. Merci Monsieur Lagrange

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