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Maurice RAVEL, Concerto pour la main gauche M 82, Jacqueline BLANCARD, OSR, Ernest ANSERMET, 1953

Maurice RAVEL, Concerto pour la main gauche M 82, Jacqueline BLANCARD, OSR, Ernest ANSERMET, 1953

Description

Une courte présentation citée d'un texte de Serge Berthoumieux:

 

"[...] Le Concerto pour la main gauche avait été demandé à Maurice Ravel par Paul Wittgenstein, un pianiste autrichien mutilé de guerre qui, hélas, ne comprit jamais la portée du chef d'oeuvre qu'il avait entre les mains. Il existe plusieurs concertos pour une seule main, mais aucun n'atteint cette densité sonore ni le puissant dramatisme de celui-ci. Nul n'a jamais parlé de cette œuvre avec la profondeur et l'esprit de Florent Schmitt. Voyez plutôt ce qu'il écrivait dans le journal "Le temps" en Janvier 1939:

 

Un thème initial d'allure héroïque, altière, naît au contre-basson, nous rappelant à la fois et non sans bonheur, le lever du jour de Daphnis et Le paon des Histoires naturelles. À travers son évolution constante, Maurice Ravel, cependant, ne saurait se renier. S’élançant des extrêmes profondeurs, la magique solitaire pique droit sur l'aigu du clavier, laissant entendre ainsi qu'elle n'aura pas trop de sept misérables octaves pour montrer quels coups de maître sont les coups d'essai d'une main gauche bien née.

 

Sur d'autres degrés de l'échelle tonale, selon l'ingénieux procédé spécial à Ravel, elle reprend le thème du contre-basson, l’amplifie en une ascension lente et orgueilleuse, puis au point culmimant, cède la parole à l’orchestre pour un ultime et brûlant commentaire. Un decrescendo amène au piano une mélodie tendre et discrètement expansive, comme Ravel savait les imaginer, confiée au pouce alors que les quatre acolytes, balançant leurs encensoirs, improviseront d'élégantes volutes. Et tandis que la mélodie poursuit son cours, s'agrémentant d’harmonies figurées par de rapides arpèges, le thème initial sournoisement, s’est insinué dans l'orchestre gagnant peu à peu en intensité "En méme temps, le mouvement s'anime pour arriver insensiblement à l'Allegro scherzando do la seconde partie, qui bien qu'édifiée sur une base harmonique et rythmique immuable, n'en déborde pas moins d’une agitation à la fois tragique et burlesque. Des thèmes brefs, délicieusement ravéliens, se juxtaposent, se pressent, se mêlent en une orgie de couleurs, un assaut indicible d'esprit et de verve. Et quand surgit aux cors la phrase méditative que l'introduction n'avait qu'esquissée, elle se développe gravement et longuement, seule de son espèce dans cette ambiance de folie carnavalesque, entourée de stridences, de sarcasmes où une oreille prévenue démêlera, se heurtant et se chevauchant comme par mégarde, trois thèmes simultanés, cependant que le rythme accélèrera de plus en plus son train d'enfer.

 

A bout de souffle enfin, la bacchanale, qui ne veut pas plier comme le roseau, craque brusquement comme le chêne. Le thème initial du contre basson reparaît dans l'apothéose d'un déchaînement orchestral au paroxysme. Une dernière fois tout s'apaise. Et voici une aristocratique et périlleuse cadence, princesse authentique des cadences, cadence sans défaut qui seule vaut un long poème. La situation devient sérieuse, dramatique pour cette main sans appui aventurée dans la galère. Le proverbe qui prétend que lorsqu’il y a pour deux il y a pour trois peut ici se converser comme le dernier des contrepoints. De fait, j'ouis jadis à la Nationale un concerto à trois pianos où le travail de six mains faisait un total moindre. Celle oisive du virtuose, parfait ambidextre puisque désormais il en a le loisir, doit plus d'une fois se crisper de rage, d'envie, d’humiliation devant ce chômage obligatoire et gratuit, cette ignorance évangélique des faits et gestes de sa rivale, tandis que dans la salle l'attention amusée du dilettante veille, escomptant une tricherie. [...] cité d'un texte de Serge Berthoumieux, publié dans la pochette du disque Erato STU 70928.

 

Le 5 janvier 1932, à Vienne, Paul Wittgenstein donna la première du Concerto pour la main gauche. Le pianiste autrichien avait imposé par contrat d’être le seul interprète à jouer la partition durant une période de sept ans. Il en profita pour la remanier profondément sans en parler à Ravel. Ces modifications provoquèrent une rupture violente entre le compositeur et le soliste. Jacques Février fut le premier à livrer une version satisfaisante de l’ouvrage aux yeux de son créateur. La «recréation» eut lieu en France le 19 mars 1937, sous la baguette de Charles Munch.

 

Première audition en Suisse: Jacqueline Blancard, Ernest Ansermet et l'Orchestre de la Suisse Romande, Lausanne et Genève, les 8 et 10 novembre 1937 - réf.: Journal de Genève, 12 novembre 1937, cité ci-dessous:

"[...] c'est Mme Jacqueline Blancard qui nous a présenté le Concerto pour la main gauche. Elle y fut remarquable d'autorité, de puissance, de souplesse. Derrière la pianiste perce la musicienne sûre et cultivée. Son succès fut grand, comme celui de l'œuvre elle-même. [...]"

À souligner bien fort: recherche et citation ont été rendues possibles grâce aux superbes archives du groupe Le Temps, qui sont en libre accès sur la toile, une générosité à saluer et à remercier!

 

L'oeuvre est d'une seule pièce, mais on discerne fort bien trois sections prenant chacune l'allure d'un andante, d'un allegro, et d'un finale (avec bref rappel de l'Allegro central), - le tout se jouant sans interruption.

 

Dans une interview au quotidien britannique Daily Telegraph du 11 juillet 1931, Ravel présente ainsi son Concerto: «Dans une œuvre de ce genre, l'essentiel est de donner non pas l'impression d'un tissu sonore léger mais celle d'une partie écrite pour les deux mains. Aussi ai-je eu recours ici à un style beaucoup plus proche de celui, volontiers imposant, qu'affectionne le concerto traditionnel. Après une première partie empreinte de cet esprit apparaît un épisode dans le caractère d'une improvisation qui donne lieu à une musique de jazz. Ce n'est que par la suite que l'on se rendra compte que l'épisode en style jazz est construit, en réalité, sur les thèmes de la première partie»

 

Voir par exemple cette page du site metiers.philharmoniedeparis.fr, réalisée pour le baccalauréat 2017, pour plus de détails.

 

Ernest Ansermet a très souvent donné cette oeuvre en concert, et l'enregistra à deux reprises pour le disque, en juin 1949 et en juin 1953, les deux fois avec Jacqueline Blancard et son Orchestre de la Suisse Romande.

 

Le premier enregistrement - fait en juin 1949 au Victoria Hall de Genève - est paru en septembre 1950 sur 78 tours, K28202-3, puis en novembre 1950 sur London LLP 76 et en mars 1951 sur Decca LXT 2565 (couplé avec le concerto en sol majeur, enregistré par Nicole Henriot au piano et Charles Munch dirigeant l'Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire de Paris). L'enregistrement est hélas de très médiocre qualité technique, comme il a été souligné lors de sa parution dans la revue The Gramophone, cahier de juin 1951, page 7. L'équipe d'enregistrement avait vraiment eu un mauvais jour... C'est pourquoi je préfère ne pas vous le proposer ici.

Par contre le deuxième enregistrement, de juin 1953 avec les mêmes interprètes, fut plus réussi, il reçut un commentaire élogieux dans la revue The Gramophone d'octobre 1953: "[...] Miss Blancard now undertakes both the Concertos, and the new recording is most successful. The piano tone is mellow and well balanced with the orchestra, the orchestral detail is clear — we do hear the double-bassoon at the start of the D major and not a sound as of a witch's cauldron! — and the climaxes make their full effect. Miss Blancard excels in the sparkling last movement of the G major, is not perhaps quite on such good terms with the second cadenza of the D major as in the earlier disc, but, as a whole, gives two fine performances. [...]"

 

Cet enregistrement n'a - hélas... - jamais été réédité sur CD par la maison-mère Decca!! Il faut attendre novembre 2008 pour le voir apparaître sur un CD de la branche australienne - dans la série Decca Éloquence - qui est hélas assez difficile à trouver importé en Europe.

Pourquoi si tard sur CD?! Incompréhensible, car Jacqueline Blancard était bien connue pour sa maîtrise de l'oeuvre: elle avait été la première pianiste à l'enregistrer pour le disque, en 1938 sous la direction de Charles Münch, publié sur les 78 tours D.X 204/5. L'enregistrement avec Ernest Ansermet - une quinzaine d'années plus tard - était son 2e enregistrement de l'oeuvre.  

 

L' enregistrement que vous écoutez...

 

Maurice Ravel, Concerto pour la main gauche en ré majeur, M 82, Jacqueline Blancard, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, juin 1953, Genève, Victoria-Hall (Lento - Allegro - Tempo I 20:22)

 

Provenance: Decca LXT 2816, ARL 1628-1B

 

 

Étiquette recto LXT 2816

Pour les personnes visitant cette page et intéressées par d'autres interprétations de ce concerto, je propose sur mon site les interprétations de...

 

Jacqueline BLANCARD, Ernest ANSERMET, juin 1953, Genève, Victoria-Hall, Decca LXT 2816

 

Robert CASADESUS, Koelner Rundfunk-Sinfonie-Orchester, Hermann SCHERCHEN, 11.03.1957, Sendesaal des Koelner Funkhauses am Wallrafplatz

 

Jacques FÉVRIER, Orchestre National de la RadioDiffusion Française, Georges Tzipine, 18 avril 1957, Maison de la Mutualité de Paris, Columbia 33 FCX 680

 

 

Commentaire(s)

Pierre-Marie Epiney
Pierre-Marie Epiney 19/07/2017
Superbe document sonore ! Merci du partage.

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